Longines Equita Lyon 2026

Charley-Ann Barford met le Zimbabwe sur la carte !

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Pour la première fois, le Zimbabwe était représenté lors des championnats du monde d’équitation grâce à Charley-Ann Crockart de son nom de jeune fille. Née et élevée dans ce pays d’Afrique Australe, la cavalière aura effectué un véritable périple pour réaliser son rêve : monter en Europe ! La voici désormais présente aux championnats du monde à Aix la Chapelle où elle aura fait bien plus que de la figuration !

Vous êtes ici à vos premiers mondiaux au terme d’un très long voyage.

Charley-Ann Barford : « Ce n’est pas juste mes premiers Jeux Mondiaux : je n’avais simplement jamais concouru en Europe avant ! J’ai dû me pincer quelques fois en me disant que je n’avais jamais concouru en Europe mais je voulais faire les Jeux Mondiaux d’Aix-la-Chapelle. »

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Vous avez néanmoins réussi à trouver quelques sponsors pour vous aider et que plusieurs centaines de personnes suivaient votre aventure à travers un groupe Whatsapp ?

C.-A.B. : « Cela a été très dur. La propriétaire d’Odiena a payé son billet d’avion pour qu’elle puisse venir … mais rien que l’aventure pour qu’elle puisse arriver jusqu’ici a été compliquée. En janvier, j’ai conduit jusqu’au Cap (ndlr : Capitale de l’Afrique du Sud) , j’ai quitté mon business, mon mari, mes chevaux et mon chien pour y passer trois mois. Les chevaux doivent ensuite passer 14 jours enfermé en quarantaine, c’est-à-dire uniquement à l’écurie. Elle a ensuite volé pour l’Europe. Là, il a fallu qu’elle récupère ! Nous nous sommes donc retrouvés en Europe au mois d’avril … sans avoir encore réalisé nos qualifications ! C’était une énorme pression d’autant que le niveau ici est totalement différent de ce que j’ai pu connaître en Afrique du Sud : le nombre de cavaliers, les obstacles … Il faut aussi dire que ma première saison de coupe du monde n’était que l’an dernier ! Je n’avais jamais sauté ce niveau dans ma vie.

Ma groom s’est vue refuser son visa, j’ai dû faire les choses au meilleur marché possible. Des amis suédois se sont rendus compte que je n’avais pas de moyens de transport, je n’avais même pas une brouette, ni de brosse ! Lorsque j’arrivais au concours, je n’avais rien. Ils m’ont donc envoyé leur camion du Suède pour que je puisse avoir un transport pour mon cheval. J’ai lancé une cagnotte en Afrique du Sud et à tout qui aimait les chevaux pour vivre mon parcours. Dans ce groupe, j’ai envoyé un message pour dire que ma groom ne pouvait pas venir et que j’avais besoin d’aide et de support… et nous avons eu des gens venant de Belgique, d’Allemagne, de Suède, d’Irlande, France … les gens ont juste été incroyable. Tout le monde qui m’a aidé dans ce périple, c’est incroyable et je suis reconnaissante envers chacune de ses personnes qui ont fait que nous sommes arrivés jusqu’ici. »

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Vous vivez en Afrique du Sud mais vous êtes née au Zimbabwe ?

C.-A.B. : « Oui ! Beaucoup de gens pensent que je me suis faite naturalisée mais ce n’est pas du tout le cas. Je suis née et j’ai grandit au Zimbabwe. Ma famille est installée là-bas, je suis issue de la troisième génération et je parle la langue locale. J’ai appris à monter au Zimbabwe. J’ai déménagé en Afrique du Sud dans une période difficile de ma vie. Je venais de perdre mon papa et mon fiancé m’a quitté deux mois avant notre mariage. J’ai réfléchi à ce qui était le mieux pour moi et j’ai décidé de me concentrer sur les chevaux mais j’ai pensé que si je voulais faire ça, je devais le faire à un endroit où le niveau est meilleur. J’ai donc débuté mon entreprise en Afrique du Sud. Nous avons maintenant une propriété avec 50 à 60 chevaux ce qui est assez important. La communauté équestre sud-africaine a été très accueillante. Je pense que j’ai ensuite été la personne la plus chanceuse d’Afrique du Sud lorsqu’Helen Human m’a trouvée. Nous avons débuté un partenariat ensemble. Elle est tombée amoureuse du sport, nous avons trouvé Odiena van Berimar lorsqu’elle avait 10 ans et deux autres chevaux. Peu de gens pensaient alors qu’elle sauterait très gros. Lorsque je me suis assis sur elle, les gens m’ont dit, tu vas l’aimer ou la détester ! Et à la première barre que j’ai sauté, elle était spéciale et avait ses manières … un peu comme moi (rire) .. du coup, à la première croix de 60 cm, je suis tombée amoureuse de cette jument. J’essaie toujours de faire ce que je ressens qu’un cheval peut faire sans en faire plus. Je voulais acheter un cheval avec lequel je pourrais gagner des épreuves pour ma propriétaire. C’est une jument rapide puis nous y sommes allés étape par étape. Le fait qu’elle saute ici à Aix, c’est magnifique, elle a tellement de cœur ! Elle essaie de faire du mieux qu’elle peut, elle est incroyable. Je me sens si chanceuse de l’avoir, elle est incroyable. »

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Comment jugez-vous le niveau en Afrique par rapport à ce que vous voyez ici ?

C.-A.B. : « Le niveau en Afrique du Sud est bon, très bon même sinon je ne pourrais pas faire la transition aussi rapidement. C’est juste un autre niveau. Tout le monde va plus vite ici. En Afrique du Sud, il y a 30 ou 40 partants et vous pouvez gagner une étape de coupe du monde avec une faute au barrage. Ici, c’est impossible ! Ici, il y a 200 partants, vous devez vous qualifier pour la qualitative et vous devez juste être plus rapide et meilleur ! Cela m’a demandé beaucoup de travail, c’était un véritable challenge mais j’ai adoré cela ! Je sais que c’est comme cela qu’on s’améliore et que vous meilleur. Ca a vraiment été incroyable. »

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Est-ce que cela correspondait à ce que vous aviez imaginé ?

C.-A.B. : « Je savais que ce serait dur et qu’il y aurait beaucoup de travail … cela a été très dur mais c’est plus que tout ce que j’avais pu imaginer. J’ai toujours rêvé de concourir en Europe. Tout le monde dit que c’est dur … mais je n’ai même pas envie de rentrer ! J’adore être ici, j’adore travailler pour être meilleure. Je sens que si je pouvais rester plus longtemps, je pourrai m’améliorer et grandir encore »

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Vous avez finalement réussi à être à Aix où vous avez vos supporters et où on vous a vu hier partager vraiment avec le public.

C.-A.B. : « Les gens qui connaissent mon parcours, savent que je viens du Zimbabwe … je reçois le meilleur des supports. J’ai des amis qui sont là pour moi. Je me sens vraiment comme une personne extrêmement chanceuse. La communauté équestre Sud-Africaine a été incroyable. Je suis impressionné du nombre de gens qui sont venus jusqu’ici pour nous supporter. Je sais que c’est aussi parce que je suis la première. Il y a une histoire à écrire et je voulais faire du bon boulot. »

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Que recevez-vous comme support de votre pays ?

C.-A.B. : « Il faut bien se rendre compte que notre fédération est très pauvre. Elle n’est formée que de volontaires. Je n’ai donc rien reçu véritablement de leur part mais ils font de leur mieux. La réalité, c’est que c’est un pays pauvre et l’équitation est un très petit sport dans ce pays. Je fais toujours de mon mieux néanmoins pour leur rendre ce qu’ils m’ont apportés en allant donné des cliniques et pour inspirer et motiver des enfants. J’ai participé avec la FEI à un programme où nous avons traversé l’Afrique pour montrer aux enfants que si ils travaillaient dur, ils pouvaient y arriver. Mon rêve, c’est que les gens voient ce que j’ai fait et réalise que c’est possible. »

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L’équitation est en pleine évolution et l’argent devient de plus en plus présent alors que votre histoire est très différente.

C.-A.B. : « Je dois vraiment être reconnaissante car ma maman a toujours été d’un incroyable support toute ma vie. J’ai voulu monter depuis mon plus jeune âge, je savais que c’est ce que je voulais faire. Je me rappelle avoir construit des écuries avec des palettes de l’entreprise où travaillait mon papa. Le sable de la piste où je montais était de la terre battue de court de tennis. Je n’avais pas d’argent pour mon foin donc j’allais couper mon herbe… Je pense que si vous voulez vraiment quelque chose, n’abandonnez jamais et de bonnes choses viendront à vous ! »

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Qu’avez-vous pensé de cette expérience ici ? Quel était votre feeling en rentrant en piste ici ? Vous arriviez à vous concentrer sur votre monte ou vous pensiez à tout ce chemin pour y arriver ?

C.-A.B. : « Vous savez le premier jour, c’était vraiment très émotionnel. J’ai dû faire avec mes émotions mais en restant concentré sur le travail que je devais faire. Les gens qui regardaient, m’encourageaient, me concentrer sur mon cheval, comment allait-elle réagir ? Est-ce que je pouvais le faire ? Tout cela est arrivé dans ma tête et j’étais très anxieuse. Je pouvais juste fermer mes yeux et revenir à mon parcours. J’ai dû revoir mon parcours 500 fois ! Pour moi, hier, juste aller jusqu’à la ligne d’arrivée hier était une victoire en soi ! Pour cette deuxième journée, j’ai vraiment pu monter comme je peux le faire et ma jument a été incroyable. Deux petites fautes mais aujourd’hui, j’ai senti le cavalier que je peux être. »

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Il y avait une grosse différence pour vous entre les deux parcours ?

C.-A.B. : « Hier, j’ai monté avec plus de pression et aujourd’hui, c’était beaucoup plus gros. Mais aller au bout du parcours hier et aujourd’hui, c’était vraiment apprendre, peu importe ce qui arrive et c’était vraiment un tour fantastique. C’était le plus gros concours que je voyais … et mon caractère me dit « Imagine si tu pouvais rester un peu plus longtemps, tout ce que tu pourrais apprendre ». Cette jument est vraiment incroyable, elle n’a cessé de s’améliorer. »

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Comment Odiena van Berimar est-elle arrivée dans votre vie ?

C.-A.B. : « Je l’ai trouvée en Belgique. Elle était montée par Louis Le Grelle qui montait pour un marchand à qui j’avais déjà acheté des chevaux. Elle avait du caractère et n’était pas classique mais elle avait déjà sauté quelques belles épreuves. Je savais que je n’avais pas les moyens d’acheter une superstar, j’ai donc essayé de sentir quelque chose de spécial dans le cheval et faire des compromis avec le caractère. C’est exactement ce qu’elle est. Elle se battrait pour moi jusqu’à la mort mais je dois la garder heureuse … et elle doit penser qu’elle est la patronne ! Si vous faites ça, elle est heureuse. Son éleveuse m’a trouvée sur facebook car elle adore ses chevaux et hier, elle est arrivée pour nous encourager. Lorsque j’achète un cheval, j’essaie souvent de contacter le propriétaire pour lui dire que j’ai son cheval, qu’il est entre de bonnes mains et qu’il est en bonne santé. J’ai élevé quelques chevaux et je sais la passion et le temps que cela demande. C’est un travail dur et l’éleveur n’a pas la reconnaissance de ce travail. Elle n’élève plus beaucoup aujourd’hui mais hier, lorsqu’elle est arrivée, elle était l’éleveuse la plus fière du monde et je pense qu’elle peut vraiment être fière. »

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Pour vous quand est prévu votre retour du coup ?

C.-A.B. : «  Je ne sais vraiment pas. Je ne suis resté ici que trois moi et demi au final. J’ai vraiment le sentiment que chaque tour, j’ai été meilleure alors j’aimerais tellement une autre saison ici … mais j’ai besoin de trouver des sponsors et de l’argent pour cela… mais même si je dois retourner à la maison, j’ai réalisé mon rêve d’enfant ! »

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Charley & son mari Roy Barford

Vous allez faire votre business différemment après cela ?

C.-A.B. : « Non. Je pense justement que ce voyage m’a monté que ce en quoi j’ai cru depuis toute petite marche ! C’est ce que nous sommes ! Par contre, même si je ne ferai pas les choses différemment, j’ai appris tellement et je suis quelqu’un qui ne veut jamais arrêter d’apprendre. Les grooms, les cavaliers que j’ai rencontrés m’ont appris tellement de choses que je vais rentrer avec tellement plus de connaissances que ce soit pour mes élèves, pour moi-même, pour mes grooms, pour ma ferme. J’ai appris tellement au niveau du management. C’est vraiment magique pour moi. Je peux mourir demain et être heureuse ! »

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