Jos Lansink : « Il n’y a pas de meilleur endroit pour un titre ! »

Champion du monde à Aix la Chapelle en 2006 avec Cumano, Jos Lansink est une véritable légende vivante du saut d’obstacles. Deux médailles par équipes et trois en individuelle aux championnats d’Europe, une victoire en finale de coupe du monde, deux médailles de bronze par équipe … et une individuelle en championnats du monde sans oublier une médaille d’or olympique par équipe, Jos Lansink est monsieur championnat ! Pourtant cette médaille d’or individuelle lors des Jeux mondiaux de 2006 à Aix-la-Chapelle reste un moment très particulier dans sa vie toujours très présent vingt ans plus tard.

Que veut toujours dire ce titre mondial pour vous 20 ans plus tard ?
Jos Lansink : « Le sentiment est encore parfois que je l’ai gagné hier ! Chaque jour, sur le chemin des écuries, que ce soit sur mon vélo ou en voiture, je passe chaque jour devant les panneaux « Aachen » et cela me procure toujours d’agréable souvenir. »
Le fait que ce soit à Aix-la-Chapelle, est-ce que cela rend ce titre encore plus spécial ?
J.L. : « A 100% ! Il n’y a pas de meilleur endroit pour décrocher un titre qu’à Aix ! Déjà lors du CHIO « normal », tout le monde veut être présent et montrer le meilleur de lui-même. Le tennis a Wimbledon, nous avons Aix. C’est la Mecque des sports équestres. Lorsque vous pouvez être là et y décrocher le titre de champion du monde, c’est incroyable ! A beaucoup de points de vue d’ailleurs parce que remporter ce titre dans ce stade, c’était magnifique mais il y a aussi tout ce qu’il y a eu autour, la remise des prix, la conférence de presse … puis ensuite, tous les champions du monde qui avaient été titrés durant ces championnats étaient invités à une parade jusqu’à l’hôtel de ville d’Aix la Chapelle. Je ne sais toujours pas combien de personnes il y avait le long de la route mais on se serait cru au carnaval, c’était juste incroyable. Je n’oublierai jamais ce moment. »

Vous étiez déjà célèbre, vous aviez déjà connu beaucoup de succès … du coup, est-ce que celui-ci a vraiment changé votre vie ou était-ce avant tout une satisfaction personnelle ?
J.L. : « Chaque victoire est si difficile à remporter qu’il faut la savourer ! Ma victoire avec Libero H en finale de coupe du monde était aussi un moment spécial, comme la médaille d’or olympique par équipe … mais Aix la Chapelle, c’est vraiment à part ! Chaque année, je pointais le championnat qui se déroulait et j’établissais un véritable plan pour y être performant. C’est déjà difficile d’avoir dans ses écuries un cheval capable de sauter ces épreuves mais lorsque j’en avais un, j’ai toujours été concentré sur cet objectif pour être bon à ce moment-là. »

20 ans plus tard, on voit que la même passion vous anime. Comment l’avez-vous entretenue ?
J.L. : « Quand vous pouvez vivre de votre hobby au milieu d’animaux comme les chevaux, c’est en effet une passion. Travailler avec de jeunes personnes qui ont envie de progresser dans leur relation et leur travail avec les chevaux, c’est passionnant. Vivre de son hobby, c’est le toujours un rêve pour moi ! »
Il y a quelques années, vous avez été touché par un cancer, cette passion vous a aidé à lutter ?
J.L. : « Je dois dire que j’ai eu beaucoup de chance d’être là au bon moment et d’avoir les bonnes personnes autour de moi. C’est aussi là que l’on se rend compte à quel point votre famille est importante. C’était l’époque ou Franck Schuttert et Pieter Clemens montaient pour moi et cela m’a appris à relativiser lorsqu’un cheval faisait une faute dans un Grand Prix où si un cheval ne passait pas la visite. Je n’étais pas si inquiet à propos de ça. Vous avez d’autres priorités dans ces moments-là. Vous pensez un peu plus à ce qui est important pour vous-mêmes, votre santé et les personnes autour de vous. Vous faites plus attention à cela. »

Cela a changé votre manière de voir les choses ?
J.L. : « Oui, je dois bien admettre que j’accueille mieux les choses quand elles ne vont pas dans le sens que vous voudriez. Vous devez les accepter comme elles sont. Je pense que je comprends mieux quand les choses vont mal. Je sais que j’ai été très chanceux avec cette chose sur mon nez et j’apprécie cela. »

Vous ne montez plus en compétition … mais vous montez toujours beaucoup. C’est quelque chose dont vous avez besoin ?
J.L. : « En fait, je suis resté très longtemps sans monter. Lorsque la maladie est arrivée, j’ai essayé de faire quelques compétitions mais je ne me sentais pas bien et je n’étais pas heureux avec moi-même. Les choses ont été beaucoup mieux après une seconde opération mais je n’ai plus beaucoup monté et finalement, j’ai eu beaucoup d’élèves à entrainer ainsi que mes propres chevaux … mais j’ai toujours eu le sentiment que j’allais me remettre en selle. C’était quelque chose qui me manquait dans ma vie. Le fait de me remettre à monter à ramener de la joie dans ma vie. Je n’ai jamais pris ma retraite officielle … mais je ne pense pas que je retournerai néanmoins en concours pour autant. Je prends énormément de plaisir à monter à la maison et à aider les jeunes gens que j’entraine. J’aime vraiment cela … même si la porte est toujours un tout petit peu ouverte à un retour ! Je dois bien avouer qu’il y a un moment où j’y ai réfléchi car j’ai actuellement deux chevaux en copropriété qui vont participer la semaine prochaine aux mondiaux à Aix… si je décide de revenir au haut niveau, je peux toujours recommencer avec ces deux chevaux qui ont tous les deux énormément de qualités … mais ils sont très bien tous les deux avec leurs cavaliers respectifs alors il n’y a pas de raisons. Je suis très satisfait d’aider Ibrahim Bisharat avec Lesther (Glenfiddich VDL) et Laura Baaring Kjærgaard avec Qarisma van’t Roosakker (Comme Il Faut). Je prends beaucoup de plaisir à être à leurs côtés et à faire en sorte que tout le monde soit heureux. »

Ces dernières années, vous avez eu pas mal d’élèves et de cavaliers dans vos écuries qui ont connu une magnifique évolution, cela vous rend aussi heureux que lorsque vous montiez ?
J.L. : « Oh oui, complètement ! C’est aussi chouette de faire évoluer des chevaux que d’avoir des jeunes cavaliers qui montent pendant de nombreuses années avec vous et de les voir ensuite performer. J’apprécie cela et cela me procure un sentiment vraiment agréable. »



Cumano a connu une histoire très forte avec vous et il est toujours présent aujourd’hui, notamment à travers son fils Nothing Hill JL. Qu’est-ce qui rend cette histoire si spéciale pour vous avec Cumano ?
J.L. : « Quand vous avez un cheval qui peut toujours bien faire dans un championnat, c’est incroyable. Ce cheval était véritablement un cheval de championnat et il pouvait aussi toujours répondre présent dans les plus gros Grand Prix du monde. Il a toujours bien fait à Aix, il a été premier, deuxième et troisième à Calgary : cela dit déjà assez ! Sans oublier qu’en plus de remporter les championnats du monde, il a également été second des championnats d’Europe de Manheim l’année suivante. Mon sentiment était même encore meilleur qu’à Aix. La victoire nous a échappé dans la chasse où Shutterfly avait été plus rapide que nous mais Cumano n’a commis aucune faute de tout le championnat ! Je trouve que mon sentiment était magnifique et ce n’est pas toujours la place que vous obtenez qui le détermine mais aussi comment vous montez et comment votre cheval performe. »

Nothing Hill JL, c’était vraiment un croisement du cœur entre Cumano et Valentina van’t Heike, deux chevaux qui vous ont offert des médailles en championnat ?
J.L. : « Oui … mais il y a encore un long chemin avant qu’ils ne performent comme Valentina et Cumano ont pu le faire. C’est un très grand cheval, je pense qu’il a besoin d’un peu plus de temps qu’un autre cheval. Il n’a que 8 ans et même s’il n’a pas encore le corps qu’on aimerait qu’il aille à son âge, il devient chaque jour un peu plus fort et ne cesse de progresser. Cela semble positif et nous voulons toujours lui offrir une véritable chance ! »

Comment allez-vous vivre ces championnats ?
J.L. : « Durant ces championnats, il y a six cavaliers que je vais suivre particulièrement et que j’ai aidé à préparer ces championnats. Evidemment, il y a Ibrahim Bisharat et Laura Baaring Kjærgaard puisque je suis copropriétaire de leurs chevaux mais il y a aussi Nathalie Dean qui est actuellement cinquième mais vu la saison qu’elle a fait, j’espère encore qu’elle intègrera l’équipe. Il y a aussi Derin Demisroy tout comme Nicola Philippaerts que j’entraine principalement pour le travail sur le plat alors que le cheval de Darragh Kenny, Eddy Blue a passé quelques semaines ici et nous nous sommes un peu entrainés ensemble en vue de ces mondiaux. Je pense que je risque d’être bien occupé !»

Etre présent lors de la cérémonie d’ouverture, qu’est-ce que cela vous a procuré ?
J.L. : « Voir tous ces champions réunis, cela vous rappelle de nombreux souvenirs mais en plus voir ce stade comble pour une cérémonie d’ouverture, c’est fou. Quel concours peut dire qu’il réunit 35.000 personnes pour une cérémonie d’ouverture ! Ils ont fait un magnifique programme, l’équipe a organisé un spectacle magnifique qui a rendu les gens heureux. C’est remarquable ! »

Vous avez également occupé le rôle de chef d’équipe des Pays-Bas avec succès durant deux saisons. C’est un rôle que l’on pourrait encore vous voir occuper à l’avenir ?
J.L. : « Oui car j’aime vraiment beaucoup ce métier. C’est quelque chose de fantastique car vous pouvez travailler avec les meilleurs cavaliers de votre pays, vous allez aux plus beaux concours du monde, vous pouvez accompagner ces cavaliers en organisant de bons plannings en vue de ces échéances … mais j’ai aussi mes écuries ici et j’ai actuellement beaucoup trop de travail pour cela. Si un jour, j’ai moins de travail ici, j’aimerais beaucoup le refaire néanmoins ! Je pense que cela pourrait aller ensemble … mais c’est vraiment difficile car cela vous oblige à être absent plus longtemps de vos écuries. »
Que peut-on vous souhaiter ?
J.L. : « Avant tout une très bonne santé pour encore longtemps ! Je pense que c’est la chose la plus importante de tout ! »





