Caroline Bouty, des Boulonnais de plaisir.
Publié par Julien Counet le 05/11/2026Présente à Equita Lyon à la fois pour représenter la race des chevaux de traits boulonnais mais également pour participer au concours inter races chevaux de trait. Meneuse, cavalière et désormais éleveuse, Caroline Bouty est une véritable touche à tout qui ne cesse d’explorer tout ce que ses boulonnais lui permettent de faire.

« Je suis déjà venue plusieurs fois à Equita Lyon mais c’est la première fois que je viens ici avec mes chevaux. Je suis originaire de la région de Bordeaux où mon grand-père élevait des trotteurs et mon papa était driver à l’époque mais j’habite en Bretagne dans les côtes d’Armor. A un moment, j’ai décidé un cheval de trait. En France, nous avons un patrimoine génétique de chevaux de trait hors norme avec pas moins de neuf races reconnues, ce qui est unique au monde. Je le voulais massif mais aussi polyvalent et multi disciplines. Ce sont des chevaux que je sors aujourd’hui aussi bien en attelage, en traction animal, en débardage, pour des travaux dans les vignes. Je me suis dirigé vers le boulonnais qu’on appelle aussi le colosse de marbre mais également le pursang arabe des chevaux de trait. Le côté massif avec du sang m’intéressait ainsi que sa couleur blanche qui plait beaucoup pour des prestations de mariage par exemple. Il y a un côté magique et féérique avec cette robe. Ce sont des chevaux très sensibles qui ont une capacité d’adaptation phénoménale.



Mon cheval a 8 ans aujourd’hui, il a commencé sa carrière dans la vigne avec moi car au départ ces chevaux ont été la pierre angulaire d’un véritable changement de carrière pour ma part. Aujourd’hui, j’ai décidé de ne plus trop faire de prestations extérieures mais bien de me concentrer sur les compétitions avec eux. Il sort en équitation de travail et nous débutons même les concours de dressage avec l’ambition d’arriver un jour au niveau Saint George. C’est vraiment un cheval polyvalent. Les seules choses que nous n’avons pas encore essayés, c’est, pour le respecter, le CSO ainsi que le tir à l’arc. Ce sont des chevaux vraiment attachants qui apprennent vraiment rapidement. Lors de prestations comme aller ramasser les déchets en ville, il sait rester calme, posé et attentif mais quand on a besoin d’influx ou de la rapidité sur l’équitation de travail, il sait s’adapter très vite. Il est clair que je n’avais pas imaginé faire tout cela lorsque j’ai acquis des boulonnais mais j’aime bien me challenger dans la vie et je me fixe des objectifs petits à petits.

Pour la petite histoire, il y a cinq ans lorsque j’ai acheté ma première paire de juments boulonnaises malheureusement, il y a eu un accident et j’ai perdu une des deux juments. J’étais dévastée. Je suis remontée dans le nord en cherchant un nouveau cheval pour constituer ma paire d’attelage. J’étais désespérée car je ne trouvais pas ce qui me convenait jusqu’à ce qu’on me fasse rentrer chez un éleveur où il avait deux entiers de 3 et 4 ans …. Et c’était les frères de la jument que j’avais perdue. Je suis persuadée qu’il n’y a pas de hasard dans la vie mais que des rencontres …. Et même si je ne cherchais qu’un cheval … j’ai acheté les deux ! Ils étaient approuvés à la reproduction mais je les ai faits castrés. Au départ, Idéal de la course (Oslo 85), qui a 8 ans aujourd’hui, était destiné à partir dans le mauvais camion car il avait terminé 13ème sur 13 mais la personne qui me les a vendus l’a racheté avant de faire pareil avec son frère utérin Jerico 4 (Cajoleur) l’année suivante. Ils ont donc toujours vécu ensemble et c’est très important pour moi de conserver cette fratrie. Finalement, ils sont partis dans le bon camion, dans la bonne maison et ils m’emmènent au bout du monde ! Ca fait 4 ans que je les ai et on aura fait plein de choses ensemble. La personne qui me les a vendus, c’est devenu un peu mon grand-père de cœur dans les boulonnais. J’avais vu une vidéo où il disait que son rêve était de les emmener au salon de l’agriculture alors, pour lui, nous avons fait les étapes qualificatives pour nous sélectionner et participer cette année au salon de l’agriculture à Paris ! C’est une promesse qui me tenait à cœur d’autant que je suis encore très souvent en contact avec ce monsieur de 75 ans. Je vais chez lui avec mes chevaux pour lui montrer leur évolution. Ce sont des chevaux massifs mais avec une bonne bouche, très maniable et qui se déplacent vite.

Actuellement, j’en ai trois puisque j’ai encore ma jument qui a 12 ans, qui est aussi polyvalente que les deux frères, mais que j’ai décidé de faire saillir cette année … par un âne ! C’est un choix délibéré. Je voulais une mule même si je compte faire des boulonnais pas la suite mais c’était important pour moi qu’elle ait un poulinage facile pour ce premier poulain. Je ne voulais pas prendre de risques. Mes chevaux, ce sont mes enfants, c’est ma famille ! Ce sont des chevaux très rustiques, très facile à vivre. Mon conjoint est agriculteur et ils vivent toute l’année avec ses black angus. Cela se passe très très bien. Mon but n’est pas de les pousser dans leurs limites mais qu’ils aient tout vu ! Ils ont fait deux fois le salon d’Anger, Paris, maintenant Lyon mais également des commisses agricoles et des concours de labour. J’adore l’idée d’avoir un cheval capable de faire un concours de labour en paire avec son frère puis un concours de dressage 15 jours plus tard ! Je ne cherche pas à ce qu’ils soient excellents dans un domaine mais qu’ils puissent tout faire. On ne finira pas champions du monde mais on s’éclate dans ce qu’on fait. Ici à Lyon, on est venu représenter la race mais il y avait aussi un petit défi car pour la première année, il y avait le trophée monté de la fédération des races locales associée à la SHF qui est un peu l’équivalent de l’équitation de travail pour les chevaux lourds. Ce se décline en trois parties : il y a la traction avec le traineau, l’attelage en maniabilité et la partie montée. La finale de cette première édition se déroulait ici à Equita Lyon. Ce format a eu beaucoup de succès puisqu’il y a eu 55 chevaux !

Personnellement, j’étais un peu déçue le premier jour car j’ai trouvé que mes chevaux n’étaient pas dedans mais j’ai vu qu’ils étaient loin d’être les seuls mais je n’ai pas d’explication. J’étais par contre très heureuse de la seconde manche où j’ai pris énormément de plaisir. Je me suis vraiment éclatée et j’ai vraiment retrouvé mes chevaux. Le premier jour, il y avait également un mini challenge de maniabilité vitesse où j’ai fait première et deuxième avec eux en prenant beaucoup de plaisir. Je n’ai aucun soucis à ne pas être première, je ne cherche pas spécialement la victoire mais par contre, ma victoire, c’est que mes chevaux essaient tout. Je vois que Jerico a vraiment passé un cap car c’était un cheval très émotif qui ne voulait rien faire sans son frère et aujourd’hui, maintenant, la personne qui est venue pour m’aider et qui ne le connait que depuis trois jours peut le sortir tout seul sans aucun souci. J’ai pris le temps avec eux mais aujourd’hui, ils débutent juste leur carrière et me surprenne de jour en jour. Ils ont commencé le travail à 3 et 4 ans mais j’ai tout fait en douceur. Comme ce sont des chevaux massifs, ils sont encore plus tardifs que les chevaux de sang.

Pendant quatre ans, j’ai vécu avec eux en faisant une reconversion professionnelle. L’histoire fait que lorsque mes parents se sont séparés lorsque j’avais 20 ans, on a vendu mon dernier cheval. Pendant 15 ans, j’ai pensé jours et nuits aux chevaux mais sans plus jamais franchir le cap. J’étais la troisième chaussure de mon grand-père en étant la seule de ses petits-enfants intéressés par les chevaux. Je le suivais partout et c’est lui qui m’a vraiment inculqué le virus. A 33 ans, je suis tombée très malade, je ne devrais même plus être de ce monde aujourd’hui et je me suis dit que je m’étais interdit pendant 15 ans d’avoir des chevaux et que c’était le moment de changer ça ! C’est comme ça que je suis parti sur de l’attelage en voyant ça comme de l’équitation utilitaire. J’ai découvert cet univers des chevaux de traits et petit à petit les boulonnais. Aujourd’hui, avec le recul, je trouve vraiment mon équilibre en repartant sur une profession classique en étant manager d’une équipe de quinze personnes dans le transport laitier chez Loralait et où mes chevaux ne sont pas mes collègues de boulot. J’ai fait évoluer ma relation avec eux où mes chevaux sont désormais ma soupape de décompression. C’est aussi plaisant néanmoins d’avoir également mon métier dans le milieu agricole. Cela me permet de faire communier les deux.



Je suis vraiment heureuse d’être ici à Lyon car c’est un peu aussi une sorte de pèlerinage car quand j’ai acheté ma paire de jument boulonnaise, je ne savais pas atteler… Je fais un peu les choses à l’envers mais je préfère les avoir et comme ça, je n’ai pas le choix, il faut que je m’y mette ! J’avais contacté Benjamin Aillaud sur messenger mais comme il est très occupé, il ne répond pas forcément. Un jour, lors d’Equita Lyon, il m’a rappelé et il m’a dit de passer le voir ici. On a sympathisé et je suis partie une semaine chez lui. Il m’a appris les bases de l’attelage. Il est clair que c’est un meneur hors-pair mais surtout, c’est le plus humain et c’est quelqu’un qui me correspondait dans le respect des chevaux. Ce sont des gens que j’apprécie énormément, qui sont très simples, très discrets et ce qu’ils font avec les chevaux, cela me parle ! J’essaie d’appliquer tout ce qu’ils m’ont enseigné même aux relations humaines. C’est du management, ni plus, ni moins ! Je suis contente d’être ici pour ça aussi et je me réjouis d’aller voir leur finale également ! »







