Sonia Chambry, la maman poule de Zia Mia de la Bonn Z.
Achetée à 5 ans par Sonia Chambry, Zia Mia a rapidement fait forte impression, d’abord sur le circuit des jeunes chevaux puis progressivement sur des épreuves allant jusqu’à 1m55, sous la selle du cavalier saumurois, Edouard Chauvet. Le couple fait preuve d’une régularité incroyable au niveau 2,3 et 4* depuis plusieurs années maintenant. Cette saison, le couple s’est notamment classé deuxième du grand prix CSIO 3* de Lisbonne (1m55) fin mai, ou plus récemment septième du Grand Prix 3* (1m50) de Saint-Lo. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, Zia n’est pas en pension chez son cavalier. Elle est installée chez sa propriétaire, dans un environnement magnifique près de Saumur, dans lequel elle profite d’une vie paisible où elle passe ses journées au pré. Nous sommes partis à la rencontre de Sonia dans son écrin de paradis, pour en apprendre un petit peu plus sur cette belle histoire qui la lie à Zia Mia.

Comment avez-vous connu Zia et quand l’avez-vous acquise ?
« Nous avons acheté Zia en début d’année de 5 ans par l’intermédiaire de Clément Bouchereau, avec qui Edouard (Chauvet) travaillait déjà à cette époque-là. Nous cherchions un cheval avec Edouard, un bon cheval, et nous avions dit à Clément de nous tenir au courant s’il en voyait un qui pouvait correspondre à notre recherche. Je sais que Clément a vraiment un bon œil et trouve toujours des bons chevaux alors il nous a parlé de cette jument-là. A l’époque, elle avait 4ans et j’avais déjà vu une vidéo d’elle où elle sautait de manière absolument incroyable et avait une très bonne technique. On a laissé passer l’hiver et elle est arrivée au début de l’année de 5ans, elle n’avait pas fait grand-chose mais elle était tellement incroyable que nous avons dit oui toute suite, sans hésitation. Par contre, elle avait une locomotion compliquée, une bouche dure et on s’est dit que ça n’allait pas être facile et qu’il allait falloir prendre notre temps. Nous n’avions aucun doute sur la qualité de saut ni sur son comportement, elle faisait très guerrière mais par contre, tout ce qui était locomotion, caractère aussi, elle n’était pas facile, un petit peu brute (rires). On savait qu’elle allait avoir besoin de temps et c’est ce qu’on a fait. Mais dès ses premiers parcours à 5ans elle était incroyable, elle faisait déjà pleins de sans faute et montrait beaucoup de qualité. »
Le but en achetant cette jument était donc de faire du sport ?
« Tout à fait, le but premier était de faire du sport. J’avais une préférence pour les juments parce que je me suis quand même dit que si je voulais faire des poulains un jour ça m’offrait cette possibilité-là. Elle avait un papier assez intéressant, pour être honnête, moi je ne connaissais pas vraiment Zandor à l’époque, mais je sais que sa mère n’a produit que des très bons sauteurs, elle transmet vraiment une bonne technique. Mais au départ l’idée était vraiment de faire du sport en partenariat avec Edouard. Ce qui était clair aussi dès le départ c’est que la jument vivrait chez moi, je ne voulais pas avoir un cheval en pension. »
Comment êtes-vous entré en contact avec Edouard, pourquoi était-ce si important pour vous de travailler avec lui ?
« Avec Edouard, c’est une longue histoire. Il était au Pôle ENE en complet et était coaché en dressage par mon mari, Tristan (Chambry) et Phillipe Mull. Tristan était écuyer au Cadre Noir et entraîneur national de dressage de l’équipe de France de concours complet. Moi, j’étais souvent avec eux, je le voyais tout le temps et tout de suite ça a matché, cela dit ça n’est pas compliqué de matcher avec Edouard (rires). Donc, au départ je n’ai connu Edouard qu’en tant qu’élève de Tristan. Ensuite, Lou, ma fille, est passée au concours hippique à cheval et c’est Edouard qui a trouvé sa jument. C’est donc lui qui la coachait. Finalement c’était la suite logique, une façon de boucler la boucle. On s’entend vraiment bien avec Édouard, depuis toujours, alors tout cela s’est fait très naturellement. Et moi, finalement ça ne m’a pas du tout coûté d’arrêter de monter à cheval, je me suis autant amusé à pied et je dirai même que je suis plus compétitrice à pied que je l’étais à cheval (rires). Je vis les choses différemment mais je prends tout autant de plaisir. »


Votre volonté a toujours été de garder la jument chez vous, pourquoi cela ?
« J’ai les installations pour et je crois que pour monter un cheval tous les jours, je sais faire. J’avais également Tristan avec moi, et honnêtement, pour travailler la locomotion d’un cheval, je ne suis pas sûre qu’il y ait beaucoup mieux. En fait, j’avais tout ce qu’il fallait chez moi. En plus je pense que j’ai eu beaucoup de chance parce que, grâce à Tristan, j’ai pu assister à la préparation de l’équipe de France des chevaux de complets pendant plusieurs années et cela m’a permis de suivre les soins quotidiens dont ils ont besoin pour performer. En plus, je suis quelqu’un qui observe beaucoup et trouver quelqu’un qui s’occupe mieux de la jument, je pense que ça aurait été compliqué, je me lance cette fleur là (rires). Je savais que chez moi ça allait être comme je veux, et en vieillissant j’étais un petit plus sûre de moi sur ce que je voulais pour elle, au niveau de soins etc. Je savais aussi que cette jument sautait formidablement dès le début mais qu’il n’allait pas falloir la brusquer. Edouard est quelqu’un qui s’adapte, et il a tout de suite senti lui aussi qu’il avait un sacré phénomène sous sa selle. Il a vraiment eu cette qualité de s’adapter à la situation parce que ça n’est pas facile pour un cavalier de se dire que son cheval de tête n’est pas chez lui, je ne suis pas sûre que tout le monde aurait accepté cela. »

C’est donc vous qui travaillez la jument au quotidien, comment cela s’organise ?
« Désormais le travail quotidien n’est plus le même, maintenant elle a 14ans alors je fais de l’entretien. Au départ, le but était de l’assouplir car c’est une jument qui est très raide donc c’est de ce côté-là que Tristan m’a beaucoup aidé. Elle n’était vraiment pas agréable à monter sur le plat, mais dans tous les cas je savais qu’on ne pouvait que l’améliorer. Tout ce qui est assouplissements de base, on l’a fait, sans jamais aucun artifice. Nous ne l’avons travaillée qu’en filet, et ça a pris du temps. Elle a un galop compliqué, qu’elle a toujours d’ailleurs mais que nous avons beaucoup amélioré. En fait, on lui a vraiment appris les bases, sans brûler aucune étape. Physiquement elle a évolué, elle a pris beaucoup d’encolure, beaucoup de dos mais tout cela ne s’est pas fait en une semaine. Même si elle a fait beaucoup de sans faute dès le début, nous n’avons pas pris cela pour acquis et nous avons quand même pris le temps de la construire. Je ne suis pas toujours très sûre de moi, mais là-dessus je crois que nous avons fait ce qu’il fallait. Aujourd’hui elle peut tout endurer je pense, c’est une jument qui est très dure. J’ai beaucoup de respect pour elle car elle va toujours au bout, elle ne lâche jamais l’affaire. Elle peut faire des fautes évidemment, comme tous les chevaux, mais généralement il y a une explication parce qu’elle, elle est toujours au rendez-vous. Elle a fait deux fois les Championnats de France pro Élite, qui sont des championnats éprouvant pour les chevaux, et à chaque fois elle a répondu présente, même les derniers jours elle était encore là, et d’ailleurs elle s’est classée dans le top 15 les deux années de suite. »

Étant donné que la jument vit chez vous, comment se passe l’organisation pour les concours ?
« Le plus souvent, c’est moi qui l’emmène au concours, j’ai mon petit camion alors je fais la route avec elle puis je groome, je ne la lâche pas (rires). Il arrive parfois que j’ai d’autres obligations, alors j’apprends à déléguer, mais j’ai du mal. Le plus souvent, je suis là, surtout lorsqu’elle saute des gros parcours, j’essaye d’être présente au maximum. Après, j’habite vraiment à 10 minutes de chez Édouard, alors dès qu’il a besoin je peux lui amener la jument. Lorsqu’elle était plus jeune, il voulait parfois la garder trois ou quatre jours avant les concours alors je l’emmenais et elle restait là- bas quelques jours. Désormais elle a moins besoin, parfois ça peut arriver qu’il ne la monte pas pendant un mois si elle est en vacances, mais sinon, il la voit régulièrement. Il ne saute pas toutes les semaines mais il fait le travail qu’il doit faire avec la jument. Désormais ils se connaissent par cœur, il sait quoi faire et il sait aussi me dire quand parfois il la trouve moins bien. On échange beaucoup et je l’écoute beaucoup, parce qu’à la fin, c’est lui qui saute les parcours avec. »

N’est ce pas trop difficile de s’occuper de 3 chevaux ici, comment vous organisez-vous avec votre vie professionnelle ?
« Je suis adjointe au maire, en charge des Ressources humaines de la mairie de Distré, ce qui me permet d’avoir des horaires aménageables, je peux m’organiser comme je veux. Souvent je vais à la mairie à l’heure du déjeuner, ou le soir, alors ça me laisse le temps de m’occuper des chevaux tous les matins. Maintenant, je suis organisée, ça n’est pas une contrainte, d’autant plus que je m’occupe vraiment que de Zia maintenant comme les deux autres sont à la retraite. Cela dit, Zia me prend du temps pour bien faire les choses (rires). Elle est habituée à avoir quelqu’un à sa disposition alors on ne peut pas faire les choses de travers avec elle. Je crois qu’elle a aussi eu de la chance là-dessus, elle a toujours vécu ici et n’a connu qu’un seul cavalier, on l’a habituée à cela et n’avons jamais changé de routine, je pense que c’est quelque chose qui lui convient bien. Finalement, l’histoire est assez construite : Clément nous a trouvé le bon cheval, Édouard s’est bien adapté à la jument et puis elle a un cadre de vie qui fait qu’elle a pu s’épanouir. Je pense que tous ces chevaux qui sortent un petit peu de l’ordinaire il faut savoir leur parler et je pense sincèrement qu’on a fait les choses bien. Edouard est courageux aussi car il n’avait jamais sauté ces épreuves-là. A l’époque où je le connaissais, il était très bon sur des épreuves 1m40 et 1m45 mais il n’avait pas sauté beaucoup plus haut. C’est un petit peu avec Zia qu’il a gravi ces échelons là et c’était chouette de pouvoir lui donner cette opportunité. »

Est-ce que vous vous attendiez à ce qu’elle saute aussi haut et espérez-vous aller encore plus loin ?
« C’est elle qui nous le dira. Évidemment lorsque l’on est un petit peu compétiteur, on a toujours envie de faire mieux. C’est difficile car cette jument là, lorsqu’elle va sur des gros concours, si elle n’est pas sans faute le premier jour, elle est obligée de sauter les deux épreuves qualificatives pour ensuite sauter le grand prix. C’est sûr qu’Édouard aimerait sauter plus haut encore mais est-ce que ça arrivera je ne sais pas, l’avenir nous le dira. Déjà tout ce que nous vivons avec est incroyable. »
Est ce qu’avant Zia vous aviez connu le haut niveau en tant que propriétaire de chevaux ?
« Non pas du tout. Je ne suis pas très bonne pour choisir les chevaux parce que je suis souvent influencée par leur physique, c’est ma faiblesse. J’ai monté en course et en complet alors j’aime les beaux chevaux avec beaucoup de sang mais qui ne sont peut-être pas naturellement les meilleurs sauteurs. Même si le but avec Zia a toujours été de faire du CSO, tout cela était un petit peu nouveau pour moi et j’avais besoin d’être conseillée. Heureusement que je suis tombé sur Clément, je le remercie sincèrement parce qu’il nous a trouvé cette jument. Personne ne savait au départ qu’elle allait être aussi bonne, même si on voyait bien qu’il y avait quelque chose en elle qui sortait de l’ordinaire. »
Vous n’avez jamais pensé à la vendre ?
« Au départ quand elle avait 6-7ans, tout le monde m’a un petit peu poussé, me dire qu’il fallait peut-être qu’on essaie de la vendre. On nous la demandait très souvent, c’était un truc de fou. Elle a été essayée une fois mais pas deux, après cela, j’ai compris que ça n’allait pas le faire. La jument était très raide effectivement, alors ça n’a pas matché et tant mieux. Dès que j’ai vu quelqu’un d’autre dessus, ma décision était prise, d’autant que le but était aussi de faire de l’élevage alors on a décidé de la garder. »

Vous avez comme projet de faire de l’élevage, pourquoi ne pas déjà avoir fait de transfert d’embryon par exemple ?
« Nous n’avons pas fait de transfert parce que j’ai eu différents échos. Certaines personnes trouvent que ça n’a aucun effet sur les juments, d’autres trouvent qu’après elles ne sont plus jamais pareilles. Finalement, je n’ai pas eu tellement le choix, je n’en ai qu’une et Edouard n’a pas non plus 10 chevaux de Grand Prix donc nous avons décidé de privilégier le sport. »
Est-ce que vous pensez à l’après Zia, souhaitez-vous réinvestir ou faire naître des poulains pour espérer atteindre une nouvelle fois le haut niveau ?
« J’ai un petit peu de mal à me projeter car je sais que la page va être très difficile à tourner. Quand elle aura fini sa carrière sportive, évidemment elle restera à la maison et je continuerai de m’en occuper. De toute façon, ça n’est pas une contrainte pour moi car j’adore le quotidien avec les chevaux. Puis nous allons aussi faire des poulains mais ça va prendre du temps (rires). Zia est encore en forme donc je reste un petit peu dans le flou concernant la suite. Ce qui est sûr, c’est que j’ai pu côtoyer des cracks chevaux de courses et des cracks chevaux de complet et je suis vraiment contente d’avoir pu mettre toute mon expérience au service de ma crack jument. »



