Thara de Nantuel, le bijou de la famille Deuquet (1/2)
Publié par Elea Clément le 30/09/2026Folie de Nantuel, Candy de Nantuel, Indigo de Nantuel, ces chevaux, au-delà de leurs qualités, ont tous un point commun, leur mère : Thara Nantuel. Une petite jument alezane, elle-même née dans les prairies de l’élevage de Nantuel qui n’était à l’époque qu’un petit élevage en aucun cas destiné à devenir une référence pour les éleveurs français. Aujourd’hui, la famille Deuquet, installée en Indre-et-Loire, a à cœur de faire grandir encore un petit peu plus l’élevage familial qui a déjà pris une ampleur considérable ces dernières années. La force de l’élevage repose notamment sur la production exceptionnelle de leur protégée, Thara Nantuel. Déjà performante jusqu’en 1m50 lors de sa carrière sportive sous la selle d’Arthur Deuquet, la fille de Diamant de Semilly continue de nous impressionner en transmettant ses meilleures qualités à ses produits. Elle est notamment la mère de la bondissante Folie de Nantuel qui fait rayonner cet élevage sur la scène internationale. Désormais renommée, Hello Folie, cette petite jument au cœur immense impressionne par son talent et son génie. Sous la selle du cavalier britannique multi-médaillé, Scott Brash, Folie a notamment obtenu une double médaille d’argent lors des championnats d’Europe de La Corogne en 2025. La jument continue de performer au plus haut niveau alors que les frères Deuquet continuent de construire la relève, à l’image d’Indigo de Nantuel, sacré meilleur cheval de sa génération l’année dernière à 7 ans à Fontainebleau. Découvrez l’histoire de cet élevage et de cette jument exceptionnelle qu’est Thara de Nantuel à travers un échange passionnant avec Arthur Deuquet.


Pouvez-vous présenter l’élevage de Nantuel ?
« L’élevage a été créé dans les années 80 par mon grand-père (Jacques Gouin). Au départ, il ne faisait naître qu’un poulain par an, pour son plaisir. Il était très attaché à l’élevage car ma mère et ses sœurs montaient à cheval. Il avait une structure où mon arrière-grand-père faisait de l’élevage de moutons et il a donc voulu remplacer cette activité-là par un élevage de chevaux. Au départ, il achetait des chevaux que ma mère montait puis au fur et à mesure il a développé l’élevage. Il a commencé à faire naître un petit peu plus de poulains par an puis s’est mis à acheter des poulinières. La toute première jument qui a fait la force de l’élevage c’était Royaltie III, qu’il avait au départ achetée pour ma mère dans le but qu’elle fasse du sport. La jument a finalement fait une fourbure qui a été mal diagnostiquée par le vétérinaire de l’époque qui n’était pas très spécialisé dans les chevaux. Ce dernier a d’abord pensé à une tendinite et la jument a donc reçu tout l’opposé des soins qu’il faut pour soigner une fourbure. Finalement, la jument était donc inapte pour le sport et elle a donc fait des poulains. C’est elle la souche de Nantuel, elle est la grand-mère de Thara, et la souche d’Indigo, de Folie et de Candy. Cette jument a été le point de départ de l’élevage mais nous avons aussi développé d’autres souches et d’autres génétiques. Notamment Alize St Georges qui a produit Olivia de Nantuel, une jument qui a gagné en 4 et 5* avec Katharina Offel. En faisant deux, trois poulains par an, il a réussi à développer l’élevage de Nantuel. Au départ c’était très amateur mais il est parvenu à créer plusieurs souches très intéressantes qu’il a fait développer depuis une quarantaine d’années maintenant. Nous, nous avons repris cet élevage-là depuis 2021. Mon grand-père avait 85 ans et ne faisait plus trop d’élevage. Ma mère en faisait un petit peu de son côté avec sa souche à elle, celle de l’étalon Tobago Chevrier et d’Argentina Chevrier. Ma mère avait développé son élevage de son côté et lorsque que nous avons pris la suite de notre grand-père, nous avons regroupé les deux parties. Nous avons quand même deux, trois souches intéressantes et désormais nous avons beaucoup professionnalisé l’élevage puisque nous faisons naître une dizaine de poulains par an. »

Aujourd’hui, comment se passe la gestion de l’élevage, est-ce que toutes les décisions se prennent en famille ?
Depuis que nous avons racheté l’élevage, nous sommes trois, ma mère, mon frère et moi. Notre grand-père reste un petit peu présent, il fait quelques recherches de son côté mais il ne choisit plus vraiment les étalons, même s’il nous suggère quelques noms parfois. Il est là de manière très aléatoire mais il nous surveille toujours un petit peu de façon à ce que nous ne fassions pas de bêtises (rires). Ma mère, Eliott et moi nous occupons du choix des étalons et de la commercialisation. Nous prenons quasiment toutes les décisions d’un commun accord en fonction de nos envies, de nos connaissances, en fonction des nouveaux étalons à la mode et aussi selon ce que nous avons envie de voir comme croisement à l’élevage. Nous essayons de prendre ces décisions-là en harmonie même si parfois un de nous peut vouloir absolument un croisement que les autres n’aiment pas forcément. Mais à la fin tout cela s’organise bien, chacun fait ses choix et si ça fonctionne tant mieux, si ça fonctionne moins bien, ça arrive mais ce sont des choix que l’on a faits en commun et que l’on assume entièrement. En ce qui concerne la commercialisation, on s’adapte aussi en fonction des besoins financiers de l’élevage. Parfois, lorsque l’on est un petit peu plus à l’aise au niveau de la trésorerie on peut se permettre d’attendre certains chevaux. Parfois nous avons besoin de vendre plus rapidement. Maintenant, nous avons beaucoup de chevaux car la vente d’un cheval comme Cobalt, qui a été très bien vendu, nous a permis de nous sécuriser un petit peu et de nous grandir en terme d’élevage. Alors aujourd’hui, nous pouvons nous permettre de sélectionner ceux que nous voulons vendre à 3-4 et 5 ans et essayer de garder certains chevaux un peu plus vieux comme Indigo ou Ice Cream et Jersey qui sont des chevaux d’avenir. Nous espérons encore les développer sur le plus long terme pour pouvoir les vendre et sécuriser encore l’élevage pour les prochaines années.

Comment votre frère et vous vous êtes-vous passionnés pour les chevaux, est-ce un héritage de votre grand-père ou de votre père ?
Depuis que nous sommes tout petits avec Eliott, nous avons commencé à monter dans l’écurie familiale du côté de notre père (Christophe Deuquet, décédé bien trop tôt, en 2017), dans le Berry, près de Bourges. Depuis petit, nous avons baigné dedans, nous avons commencé par monter à poney puis à cheval, c’était une évidence. Pour autant, nous n’avons jamais été poussés à faire de l’équitation, nous avons fait beaucoup de sport à côté, du rugby notamment moi j’ai fait un petit peu de basket mais malheureusement ma grande taille a mis fin rapidement à ma carrière de basketteur (rires). Nous avons essayé de voir si d’autres choses nous animaient mais lorsque nous sommes arrivés ici à Bel Air, en 2012, nous nous sommes rendu compte que nous étions passionnés par les chevaux. Eliott a fait des études de comptabilité pour avoir un bagage mais ça restait une évidence que l’équitation était notre passion et notre futur métier. Nous nous sommes alors orientés dans cette direction. Eliott est parti un an chez Christian Hermont pour se développer dans l’équitation de jeunes chevaux. Moi, mon objectif aurait été de partir dans une écurie professionnelle à l’étranger si j’avais pu, avant le décès de mon père. Sa disparition a changé beaucoup de choses et je suis resté ici, à Tours, par choix et par besoin. J’ai passé mon DEJEPS, afin de pouvoir gérer cette structure en terme de coaching. On a essayé d’aller voir ailleurs si d’autres choses nous animaient mais malgré tout, l’équitation est restée un point central dans nos vies et nous avons décidé de nous professionnaliser dans ce domaine-là.

Ça n’a pas été trop dur de continuer dans cette voie-là après le décès de votre père ?
Après le décès de notre père, notre mère nous a dit que si nous avions envie de faire autre chose, il ne fallait pas que la structure et les chevaux deviennent un poids pour nous. On s’est posé plein de questions mais je pense qu’on a eu besoin de se ressouder, on a formé un bon trio et on s’est beaucoup soutenus mutuellement tous les trois. Ça nous a permis ensuite de nous recentrer, j’ai ensuite pu sauter de belles épreuves avec Thara notamment qui m’a permis de sauter mes premières 1m50, puis Argentina. Je pense que les chevaux nous ont permis de nous ressouder et de nous soutenir mutuellement après ce drame familial afin qu’on puisse aller de l’avant.
Aujourd’hui, l’élevage a pris une grande place dans votre vie, vous restez toujours plus passionné par le sport ou l’élevage prend le dessus ?
Le sport, entièrement. Après je pense que l’élevage fait partie du sport. J’aime notamment beaucoup cette finale de Fontainebleau, qui nous permet de vibrer et de vivre du beau sport dès le plus jeune âge. C’est finale-là nous oblige sportivement parlant à aller chercher des performances déjà jeunes et après l’objectif est quand même d’essayer, avec des chevaux plus âgés de les emmener sur des 3-4-5 si on en a l’occasion un jour. Pour moi c’est vraiment une continuité, l’un ne va pas sans l’autre, il faut essayer de réunir les deux. Il faut essayer de développer le circuit jeunes chevaux pour avoir des bons chevaux d’avenir car nous n’avons pas les moyens financiers pour acheter des vieux chevaux.

Sportivement, quels sont vos objectifs, aimeriez-vous atteindre le haut niveau ?
Ça n’est pas une finalité. Si j’y arrive c’est très bien, si je n’y arrive pas ça ne m’empêchera pas de dormir. Par contre, je ferai tout pour essayer de développer les chevaux et le système pour cela. Maintenant il faut quand même penser à la commercialisation des chevaux qui nous permettent de gagner notre vie et ensuite, une fois que la partie financière est sécurisée on pourra se permettre de rêver un petit peu plus. On avance gentiment, à notre rythme et on verra si la finalité sera le sport de haut niveau. Aujourd’hui on a quand même la chance de participer à la finale de Fontainebleau et à des 3 et 4* et ce sont déjà de belles réussites je trouve.
Il y a une jument qui a marqué votre vie, d’abord sportivement puis à l’élevage, c’est Thara de Nantuel. Est-ce que vous pouvez nous parler de votre histoire avec elle, votre relation, son caractère et son tempérament et aujourd’hui, qu’est ce qu’elle transmet à ses produits ?
Avec Thara, l’histoire a commencé dès son plus jeune âge puisque mon père l’a montée à 3 ans puis à 4-5 et 6 ans. Moi je l’ai vue évoluer avec mon père dans les épreuves jeunes chevaux, c’est une jument qui a toujours beaucoup gagné. À 6 et 7 ans, c’était une des meilleures juments de sa génération avec beaucoup de sans-faute, de bons résultats et de performances. Moi personnellement, j’ai commencé à la monter au début de l’année de ses 8 ans, on se la partageait au départ avec mon père. À cette époque-là on me cherchait un cheval pour faire les juniors et sauter mes premières 1m40. Mon grand-père avait vendu Océane, sa propre sœur et n’avait plus la génétique de Karma, une jument qui avait sauté des Grands Prix 4*. Nous cherchions donc à garder la génétique de Royaltie et de Karma. C’était alors une évidence que nous voulions garder Thara pour l’élevage. À l’époque, nous n’avions évidemment pas conscience que sa production serait si qualitative. Au contraire, mon grand-père était un petit peu déçu de Cobalt qui ne lui plaisait pas du tout au modèle étant poulain. C’était un cheval très léger, avec une articulation et des os très fins. Il a donc un petit peu renié ce cheval-là même s’il aimait beaucoup Candy, c’est pour cela qu’il l’avait gardé étalon. On a donc décidé de garder Thara d’un commun accord. Moi je faisais du sport avec, les juniors à cette époque-là, et mon grand-père avait la possibilité de faire un ou deux transferts tous les ans pendant sa carrière sportive. C’était un véritable avantage pour moi d’avoir une jument de cette qualité-là et également un avantage pour mon grand-père qui avait l’occasion de garder une très bonne génétique de son côté. À 8 ans j’ai commencé à la monter un petit peu puis j’ai appris à la connaître car c’était une jument très compliquée et très chaude. Moi je n’avais encore que très peu d’expérience avec les chevaux à cette époque-là, alors mon père continuait de la monter et de la faire évoluer sur des épreuves à 1m45. Moi je commençais à faire mes premières 1m35 et je crois qu’à la fin de l’année de ses 8 ans, j’ai dû finir la saison sur 1m40. Lorsqu’elle a eu 9 ans puis 10 ans, j’ai commencé à la garder plus avec moi, mon père me l’avait laissée à 100%. J’ai continué de la sortir sur mes premières 1m40 puis mes premières 1m45. J’ai également fait mes premières coupes des nations juniors avec, j’avais notamment été 4e ou 5e à Opglabbeek. J’avais fini 8e des championnats de France junior à Auvers avant d’aller aux championnats d’Europe où j’avais été un petit peu contre-performant. J’avais beaucoup de pression et je pense que je n’avais pas forcément le niveau nécessaire à cette époque-là pour pouvoir performer lors d’un tel événement. Thara est également très importante pour moi émotionnellement. Au-delà de ses performances et de sa génétique, c’est dans cette jument-là que je me suis retrouvé après le décès de mon père. C’était ma jument de cœur et j’allais beaucoup dans son box pour « avoir quelqu’un à qui parler », elle m’a beaucoup soutenu pendant cette période-là. L’année suivante, en 2018, la jument s’est dépassée en terme de performance, j’ai sauté mes premières 1m50 et j’ai notamment classé certaines d’entre elles. J’ai ensuite sauté les championnats de France jeunes cavaliers l’année d’après en 2019. Avant cela j’avais pu sauter la 1m50 d’Equita Lyon avec une troisième place qui était assez inespérée avec mon niveau à l’époque. La jument s’est vraiment surpassée pour nous donner du baume au cœur et nous permettre d’aller de l’avant. Ensuite elle s’est surpassée en terme de poulains et d’élevage puisqu’elle n’a produit que des supers chevaux qui nous ont permis d’avoir la génétique nécessaire pour pouvoir continuer à avoir des chevaux de 4-5* potentiellement.


Effectivement, Thara a produit de supers chevaux, qu’est-ce que cela vous procure de monter ses produits ?
C’est un privilège, elle a une telle production, c’est quelque chose d’assez inespéré pour nous. On a des points de comparaison entre chaque, on connaît désormais le point commun qu’elle apporte à tous ses produits : ce sont tous des chevaux guerriers, des chevaux qui ont envie de bien faire et qui ne pensent jamais à s’arrêter. Ça nous permet alors de mettre des étalons un petit peu compliqués comme Balou du Rouet qui n’est pas un étalon toujours très apprécié car il produit des chevaux toujours très compliqués dans la tête et pas toujours très francs. Indigo par exemple, ça n’est pas du tout son défaut. Il a toujours l’envie de bien faire et d’aller de l’autre côté, il veut toujours faire plaisir à son cavalier et je pense que Thara lui a énormément transmis ce côté-là. Ce côté guerrier on l’a également vu au championnat d’Europe avec Folie lorsque Scott Brash perd ses rênes juste avant le triple qui était vraiment le juge de paix de l’épreuve. La jument s’est sortie de cette situation toute seule malgré le fait qu’elle ait un crack cavalier sur le dos. Même Scott Brash le dit, la qualité première de Folie c’est son côté guerrier et je le ressens également avec sa propre sœur Gaya, qui a un cœur énorme. Elle n’a pas forcément toutes les aptitudes pour sauter d’énormes épreuves mais, grâce à son cœur et à son énergie, elle trouve toujours les solutions. Je pense vraiment que leur mère leur a transmis cette qualité et également un grand respect car tous ces produits ont performé sur des épreuves dans lesquelles ils étaient dans le confort. Que ça soit Candy sur du 3-4*, Folie sur du 5* ou même Gaya avec moi sur du 2 et 3*. Chacun à son niveau est vraiment très performant. On espère qu’Indigo va suivre le chemin de Folie et performer sur du 5*.

La suite c’est ici et demain.









