Printemps des Sports Equestres 26

Georges Trulemans, le rêve éveillé d’une année sportive 2025 réussie ! (2/3)

Retrouvez la première partie de notre interview ici

Vous avez par contre ensuite travaillé avec plusieurs coachs ?

G.T. : « J’ai toujours regardé tout le monde et je me suis toujours beaucoup fait conseiller. J’aime bien échanger beaucoup. J’ai eu la chance de m’entrainer pendant quelques temps avec Katharina Offel. C’était une période où elle avait plus de temps à consacrer au coaching, c’était vraiment chouette. A un moment, elle a de nouveau eu plus de chevaux et c’est devenu trop compliqué. Elle m’a apporté beaucoup de rigueur. Il fallait répéter et les chevaux devaient être disponibles. C’était d’autant plus intéressant qu’elle était toujours au haut niveau elle-même. Elle comparait toujours ce qu’on faisait au sport qu’elle pratiquait. Elle avait fait du 5* et elle en a refait après, elle était juste dans une période de transition qui a été une aubaine pour moi. J’ai ensuite travaillé avec Damien Plume qui a été quelqu’un d’important. Lorsqu’il était installé chez Fabienne Lange, j’allais régulièrement prendre cours là-bas. C’est un véritable homme de cheval, qui est vraiment très fort à pied, comme à cheval d’ailleurs, malheureusement, l’homme a aussi ses défauts mais il m’a donné la confiance que personne ne m’a jamais donnée.

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Il y a aussi eu une personne très importante dans mon parcours, c’est Eddy Sepul. Il m’a conseillé et n’a pas hésité à me confier des chevaux au début de ma carrière comme l’on fait plus tard Damien Haelterman du haras de Laubry avec qui j’ai collaboré pendant plusieurs années.

J’ai ensuite commencé à prendre cours avec Thomas Weinnberg puis au fil du temps, il m’a confié des chevaux avec son père que nous avons formé et commercialisé. On travaille aujourd’hui assez bien ensemble. Les Weinberg, c’est vraiment un ensemble. Il y a cette rigueur allemande que Katharina m’a inculquée et que j’apprécie beaucoup. Je pense que ça me convient et ça me correspond assez bien. J’aime beaucoup aussi leur vision sur le commerce de chevaux et le coaching. A ce niveau-là, Thomas est un véritable exemple pour moi. C’est quelqu’un de très terre à terre qui peut expliquer que pour des gens comme nous, faire du 5* est presqu’impossible car nous n’en avons pas les moyens financiers mais par contre, faire du coaching et construire des chevaux, c’est quelque chose que peu de gens font convenablement et il y a moyen d’en vivre.

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Au départ dans ma structure, donner des leçons, c’est vital ! Lorsqu’on début, on nous confie des jeunes chevaux mais qui sont souvent délicats et compliqués, que personne n’a trop envie de monter. Toi, tu es heureux car tu vis de ta passion mais tu te rends quand même vite compte que si c’est ça toute ta vie, ça va être compliqué. Aujourd’hui, je donne énormément de leçons. C’est une partie intégrante de ma structure et j’y vais avec le sourire car j’ai la chance d’avoir une clientèle très diversifiée allant de 8-10 ans à la quarantaine voir plus. J’ai des élèves qui sautent 80 cm et d’autres qui sautent 1m35 mais j’ai autant de plaisir avec l’un qu’avec l’autre car ce sont des gens qui veulent monter régulièrement et qui ont envie de te suivre. C’est fort différent de mes débuts où c’était des gens qui prenaient cours une fois de temps en temps ou des leçons de manège où les gens viennent juste pour avoir bon puis c’est fini. Ici, ce sont des gens qui ont envie d’être là, qui ont envie de progresser, qui ont envie d’aller au concours et ça, c’est amusant. Y a une sorte d’engouement qui se met en place autour de tes leçons, les gens suivent ton schéma et on espère que la réussite suit. »

Dans votre évolution, il y a aussi un moment important lorsque votre ami Romain Liégeois décide d’arrêter de monter et que son propriétaire vous confie ses chevaux.

G.T. : « Cela a été un véritable tremplin pour moi et je leur en suis très reconnaissant encore aujourd’hui. Romain montait sur des épreuves d’1m40 et il a vraiment eu un trop plein à un moment avec sa sellerie et le reste, il n’avait plus le temps. Le changement a été quelque chose de très difficile pour son propriétaire Guy Deberg.

L’histoire est assez marrante car nous étions à Neeroeteren et durant la journée, je constate qu’il y a un homme, dont le visage m’est familier mais que je ne connais pas, avec un long impair qui regarde tous les chevaux que je monte ! En allant du padock à la piste sans cesse. Je ne comprenais pas puis lorsque je suis rentré au camion avec mon dernier cheval, je vois qu’il nous suit et il est venu se présenter. Il m’a expliqué que Romain lui avait donné deux noms : Alain Soquette et moi et que c’était pour cette raison qu’il était venu me voir en me demandant mon numéro de téléphone pour prendre contact. C’était le début d’une belle aventure car il avait deux chevaux à l’époque dont un bon cheval clé en main pour sauter des épreuves 1m40 alors qu’à l’époque, ma plus grosse épreuve était une 130 ! Cela a été un véritable tremplin pour moi d’avoir accès à ces épreuves-là. Une véritable aubaine. Les chevaux n’étaient pas à la maison, j’allais les monter deux à trois fois semaines. Guy les montait sur le plat et en promenade. Il y avait à l’époque une moins grande pression financière qu’aujourd’hui mais surtout c’est quelqu’un de très ouvert d’esprit qui ne me mettait aucune pression. Il s’estimait chanceux d’avoir quelqu’un qui prenait la relève de Romain dans la même idée que lui. Guy a été quelqu’un de vraiment très important dans mon parcours car il n’a jamais hésité à réinvestir dans des chevaux qui m’ont aidé à évoluer sans qu’on ne soit obligé de les vendre directement. Grâce à lui, j’ai pu prendre énormément d’expérience et sauter notamment des concours comme celui du Knokke Hippique. Il n’hésite pas, encore aujourd’hui, à faire le déplacement pour venir m’encourager lorsqu’il voit que je suis inscris dans un Grand Prix. De telles relations sont précieuses à mes yeux. La seule pression qu’il y avait, c’était celle que je me mettais moi-même et, elle était déjà suffisamment grande ! Au départ, j’ai eu pas mal de soucis avec ça car j’avais une telle envie de bien faire que parfois, je faisais moins bien. Le regard des autres et l’envie de bien paraitre a été longtemps un souci pour moi. Je devenais négatif parce que ça n’allait pas alors qu’à la maison ou en entrainement, tout se passait bien. »

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Il y avait un certain complexe ?

G.T. : « Avec le recul, peut-être. Je venais de nulle part alors que je voyais des gens autour de moi soutenu financièrement et humainement par l’entourage familiale qui met tellement de choses en place pour qu’ils y arrivent pendant que toi, tu essaies de faire ton truc tout seul. Je dis ça sans aucun reproche à mes parents qui ont toujours été présents et qui m’ont toujours soutenu mais dans la mesure du possible pour eux finalement. C’est un monde qu’ils ne connaissaient pas. Ils ne venaient pas souvent car quand ils étaient là, je voulais encore mieux faire … alors qu’au final, c’est avec eux que je devais être le moins stressé car ils n’attendaient rien du tout, juste que je sois heureux et épanoui. Aujourd’hui, la pression, ça va beaucoup mieux ! »

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Charlotte Philippe & Georges Trulemans avec Electro vd Kromsteeg Z

Alors que justement, on a l’impression que quand Charlotte Philippe vous propose de monter Electro, il va justement y avoir une pression énorme d’autant qu’il a déjà fait de belles maisons avec Marlon Zanotelli et Victor Bettendorf puis finalement, celle-là, vous la gérez.

G.T. : « J’ai la chance de partager ma vie avec une femme extraordinaire depuis plusieurs années, Cindy Francotte, qui en plus de son commerce (ndlr la Boulangerie Massin) est une véritable passionnée de chevaux et m’aide au quotidien à tout niveau. Elle est très amie avec Charlotte et c’est à elle que Charlotte s’adresse en premier en lui demandant si je ne la dépannerais pas. Elle ne me dit rien d’autre que « Charlotte va t’appeler ».  Au départ, on en a rigolé et je lui dis « Ok, pas de problème ». Honnêtement, cela m’a beaucoup touché que quelqu’un d’aussi fort à mes yeux pense à moi. J’ai vu cela comme une nouvelle chance, une véritable opportunité de pouvoir monté un tel cheval. Sur le moment même, je ne pense pas à la pression … c’est plus tard que c’est arrivé ça. Elle m’a d’abord amené une fois quatre chevaux à la maison dont Electro et Raphaella. J’ai d’abord essayé les trois autres chevaux où tout se passe très bien puis j’essaie seulement Electro … où je me rends compte que ce n’est pas si simple. On en rigole et on se dit assez vite qu’on ne va pas faire les idiots et que l’on va se contenter de faire des trainings. Mais elle de suite me dit : « Georges, tu te trompes, ça va aller ! » Elle est très encourageante dès le départ. Je refais un training la semaine suivante à la ferme Lucas, cela se passe bien avec tous les chevaux … et Electro qu’on avait de nouveau gardé pour la fin, c’est déjà nettement mieux ! Là, elle me dit « Tu sais quoi : on va au concours la semaine prochaine ! » On fait un concours national à 1m25 … mais directement, je sens que j’ai la pression car quand je rentre en piste, je constate qu’il y a énormément de monde pour regarder. Là, je me suis dit « Oh la la, dans quoi est-ce que tu t’es lancé ? » Je sors de piste, je suis sans-faute mais ce n’est pas encore assez bien. Finalement, on fait un concours de trois jours où on commence sur 1m30 et on finit sur le Grand Prix avec une faute en se disant « y a quelque chose qui prend ». Charlotte m’a dit : « On doit encore trouver le mors et on sera bien.» puis tout s’est enchaîné. »

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Au final, c’est bien plus que des chevaux que vous avez eu mais un soutien et un suivi au quotidien sur les concours avec Charlotte Philippe ?

G.T. : « Oui, cela a été une opportunité énorme pour moi et je pense que même Charlotte n’avait pas du tout imaginé cela comme ça au départ. Elle pensait me les amener, les voir sauter et repartir … sauf que moi, j’ai toujours bien aimé prendre les conseils où on voulait bien m’en donner et je suis aussi quelqu’un qui est vraiment capable d’écouter. Elle me donne énormément de conseils et j’accroche vraiment à la manière dont elle m’aide. Au fur et à mesure, elle vient à toutes les reconnaissances, même avec mes chevaux. On fait tout ensemble et ça m’a donné un véritable boost. Moi qui étais depuis des années uniquement dans la formation des jeunes chevaux, je me retrouve avec quelqu’un de très compétitif qui me pousse à être dans le mouvement pour gagner des épreuves. Elle m’a permis vraiment de passer un cap dans la piste. Maintenant, je peux rentrer en piste en me disant « dans cette épreuve-là, je peux faire quelque chose alors qu’avant, je ne me serais même pas posé la question ! J’aurais essayé d’être sans-faute et j’aurais été satisfait avec ce résultat ! L’aide n’est pas venue non plus que de Charlotte mais aussi de sa maman qui l’accompagne toujours et m’a boosté psychologiquement comme personne. A Ghlin, lorsqu’on est arrivé pour le deux étoiles, elle m’a « Georges, c’est notre concours ! C’est ce week-end ! Le cheval va cartonner. » Elle me l’a répété tout le week-end et au final, on est arrivé à un résultat que personne n’aurait espéré. Au départ, tout le monde a rigolé de Charlotte quand elle a dit que j’allais monter les chevaux et certains ne se sont pas gênés pour lui dire, même devant moi, que quand ça n’irait pas, elle pourrait les appeler …»

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Raffaella van’t Ruytershof (By Cera d’Ick x Numero Uno), arrière-petite-fille de Diamanthina van’t Ruytershof, entourée des familles Trulemans et Basteijns.

Ca surprend de voir cette malveillance de la part de collègue ?

G.T. : « Je m’en doutais mais je ne pouvais pas l’imaginer à ce point-là. La chance que j’ai eu et qui m’a fait beaucoup de bien, c’est que Charlotte avait un plan bien précis dans sa tête et elle ne voulait plus que le cheval parte de chez elle ! Elle voulait s’en occuper elle-même. A chaque fois qu’il y a eu des contacts, elle m’en a parlé mais à chaque fois, elle m’a rassuré en me disant « il n’y a aucun raison de changer, au pire des cas, on refait des trainings.» De cette manière, ils m’ont enlevé la pression assez vite. C’est sûr que des concours comme Courrière, qui est l’équivalent pour nous au jumping de Liège en extérieur, c’est important et qu’on ne veut pas se louper. C’était le premier vrai test pour moi-même si c’était 2-3 semaines trop tôt. »

Ces résultats, c’est aussi important vis-à-vis de vos élèves ?

G.T. : « Oui parce que cela donne du crédit. Les gens voient que leur prof, il fait aussi en piste que ce soit avec les jeunes ou les plus vieux sur de belles épreuves. Je pense que c’est important et je pense que c’est agréable pour mes élèves de pouvoir dire « Mon prof était à Ghlin et il fait troisième du Grand Prix et septième du petit Grand Prix! ». Cela motive aussi mes élèves, c’est une certitude. »

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La dernière partie, c’est demain, ici !

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