Peter Weinberg, la raison du succès ! (2/4)
Lorsque vous avez eu vos enfants, vous espériez qu’ils deviennent eux aussi professionnels ou c’était plutôt une peur ?
P.W. : « Quand les enfants étaient encore petits, Helena et moi-même voyageons encore beaucoup. Mes parents, qui vivaient encore à 20 km, ont pris leur retraite et ont quitté leur ferme pour venir s’installer ici pour pouvoir s’occuper des enfants quand nous n’étions pas là. Les parents d’Helena, qui étaient vendeurs de voitures, ont, eux aussi, pris leur retraite en Angleterre et sont venus s’installer dans le village d’à côté. Cela a rendu les choses beaucoup plus faciles pour nous…. Mais le fait que nous vivions tous ici les a aussi beaucoup intéressés aux chevaux. Ils jouaient beaucoup avec les poneys mais nous n’avons jamais poussé pour la cause. C’est vraiment important que les choses viennent d’eux-mêmes sinon ça ne marche de toute façon pas ! »

Quand votre fils a commencé à avoir ses premiers succès, vous l’avez encouragé dans cette voie ?
P.W. : «Il a grandit dans une écurie de marchand et il a appris très tôt à faire du commerce. Même lorsqu’il montait à poney, ils étaient à vendre ! Ma fille n’aimait pas le commerce. Lorsque je vendais un cheval de mon fils, ce n’était jamais vraiment un problème, il me disait « Ok, trouve-moi un meilleur » mais lorsqu’il s’agissait d’un de ma fille, c’était toujours plus compliqué … il y avait quelques larmes…
Je pense que c’est ce qui fait qu’aujourd’hui, le commerce est quelque chose de tout à fait normal pour lui. Il se bat toujours pour le sport mais pour lui, c’est aussi normal d’en vendre. Aujourd’hui, mon fils possède certains chevaux, il en a quelques-uns avec moi et il a quelques propriétaires. Sa priorité est aujourd’hui le commerce mais aussi monter. En Allemagne, comme partout, c’est difficile d’avoir des invitations lorsqu’on n’est pas haut dans le ranking mondial. Quand il a eu fini en tant que jeune cavalier, nous avons conservé quelques chevaux mais il a aussi dû aller à l’armée. A ce moment là, il était encore plus concentré par le sport mais quand il est revenu, il s’est plus intéressé au commerce et à d’autres business comme le coaching et plein d’autres choses. »
Pour vous, c’est un plaisir de partager cette passion avec vos enfants ?
P.W. : « Oh oui ! Quand ils sont jeunes, ils veulent commencer plein de choses. Thomas a joué au football assez longtemps. Je suis allé voir quelques matchs mais ce n’est pas mon sport. Heureusement, il n’était pas très bon et il a arrêté (rire). Ma fille a fait de l’athlétisme, ce qui était aussi très chouette mais les deux avaient une véritable connexion avec les chevaux ce que je supportais beaucoup plus ! Lorsqu’ils ont commencé à monter des épreuves nationales, j’ai commencé à moins monter. Un de nos principaux sponsors a arrêté, j’ai laissé à Helena tous nos chevaux internationaux et je montais plus les chevaux de commerce où nos enfants pouvaient aussi monter. Cela nous permettait de préparer de nouveaux chevaux pour le haut niveau car lors de plus grands concours, on ne peut emmener que les meilleurs qui peuvent le faire … mais du coup, sur les nationaux, je pouvais monter beaucoup de chevaux jeunes ou plus âgés tout en regardant mes enfants monter. De plus, dans cette région, il n’y avait pas beaucoup de compétition poney, mes enfants sont donc rapidement passé à cheval. Ils ont alors pu concourir dans les mêmes concours, ce qui a vite rendu les choses plus faciles. Aujourd’hui, les parents qui se concentrent sur les poneys, ce sont des concours complètement à part. »

Vous avez commencé le coaching après votre carrière ou déjà pendant ?
P.W. : « J’ai toujours fait un peu de coaching. J’ai rapidement été entraineur pour la région … mais lorsque mes enfants sont devenus sélectionnables et que je devais décider quels étaient ceux qui devaient aller aux championnats, j’ai arrêté ! Un cavalier comme Denis Lynch a travaillé cinq ans pour moi. Il est arrivé ici pour que je l’entraine et finalement il a monté les marches avec mes chevaux. Il y a eu plusieurs cas comme lui. Comme nous sommes sur un axe de passage très proche de la Hollande et de la Belgique, de nombreux cavaliers s’arrêtent chez nous, parfois juste pour une nuit mais parfois pour plusieurs mois. D’autant qu’avant, il fallait s’arrêter à la frontière pour faire les papiers nécessaires, ce qui n’est plus nécessaire aujourd’hui. Les gens en profitaient pour regarder les chevaux que nous avions à vendre et aussi certains nous demandaient pour les entrainer. C’est pour cela que nous avons construit des appartements pour que les gens puissent s’installer ici quelques mois. »
Quand vous voyez vos succès et ceux d’Helena en tant que coach où vous êtes probablement actuellement deux des meilleurs entraineurs au monde. Comment l’expliquez-vous ?
P.W. : « Je pense que tous les deux, Héléna et moi, avons de bonnes bases que nous avons acquis dès le début. Héléna est ensuite venue avec un système anglais en Allemagne. Lorsque nous allions pour les championnats, nous devions aller aux entrainements du comité olympique avec de bons entraineurs. Helena a vu ce qu’elle avait envie de prendre dans le système allemand. Personnellement, j’ai monté beaucoup en Angleterre et j’ai lié de grandes amitiés avec les cavaliers belges. J’ai pris des choses un peu partout. Le mélange d’un peu tout fonctionne très bien. Spécialement ici avec la Belgique, la Hollande et l’Allemagne. Il n’y a pas de système allemand, il y a un système qui fonctionne ! C’est le cas pour tous les tops cavaliers dans la région. Aujourd’hui, les bons cavaliers britanniques travaillent beaucoup plus sur le plat qu’ils ne le faisaient il y a 20 ans. Aujourd’hui, les parcours sont plus difficiles, il est plus questions de disponibilité du cheval et de la manière de monter du cavalier. C’est nécessaire car le sport a beaucoup évolué. Ce que je peux dire des cavaliers belges, et cela inclus aussi les anciens, c’est qu’en Allemagne, on organise beaucoup. Personnellement, j’organise des réunions tout au long de l’année où nous parlons à chaque cavalier individuellement ou en groupe. A l’issue de la finale de la coupe du monde, nous allons faire une réunion ou le top 12 à 15 de nos cavaliers seront invités. Lorsque nous aurons notre cadre de cavaliers pour les championnats, nous nous assiérons de nouveau ensemble après quelques concours pour faire un plan pour trouver ce qui marche le mieux. Toute cette organisation fonctionne bien. Mon ami Otto Becker travaille avec le même système. Pour la Hollande, Jos Lansink utilisait lui aussi ce même système ! Les coachs qui veulent avoir des succès continus doivent avoir des plans ! Cette organisation est présente dans toutes les nations du top. C’est évidemment beaucoup mieux planifié aujourd’hui qu’il y a 20 ans. Lorsque j’ai fait mes premières coupes des nations, tous les chefs d’équipe étaient de gentils vieux monsieurs qui avaient le temps de voyager partout avec les cavaliers mais la plupart d’entre eux n’avaient jamais monté à ce niveau eux-mêmes avant. Aujourd’hui, Otto Becker a monté les Jeux Olympiques, Jos Lansink, même si il s’est retiré maintenant, a été champion du monde, Henk Nooren a lui-même aussi monté au niveau international. »

Mais il y a toujours des exceptions comme Michel Sorg qui a été, avec succès, à la tête des Suisses ou même Henrik Ankarcrona qui a évolué en international mais pas au plus haut niveau.
P.W. : « Ce qui est vraiment important, c’est que ces chefs d’équipe soient habitués avec ce travail d’organisation. On voit qu’aujourd’hui, il y a cinq CSIO en plus d’Ocala et Abu Dhabi avant les sélections puis il y en a encore plusieurs qui suivront. Il faut être organisé en amont. C’est la raison pour laquelle, nous avons décidé qu’Ermitage Kalone ne ferait aucune Coupe du monde comme Bond Jamesbond de Hay et qu’ Impress-K van ‘t Kattenheye Z n’a fait que Malines qui était important pour Thibeau Spits qui habite juste à côté, ce que je peux comprendre. Pour moi dans une saison qui va du premier janvier à fin décembre avec Malines, il faut prévoir un break aux chevaux. Quand je montais les concours se terminaient en novembre et débutaient en mars ! La période de break était donc la même pour tout le monde ! C’est pour cela qu’il était important pour moi que nos meilleurs chevaux de championnats aient un véritable break entre les deux. De plus, plusieurs d’entre eux sont étalons, du coup, il faut aussi prévoir une période pour collecter la semence. Les championnats sont les concours les plus importants ! Raison pour laquelle, l’an dernier, Ermitage Kalone n’a pas été à Aix la Chapelle dix jours avant les championnats comme Impress et Casual ! Gregory y a été car il avait prévenu plusieurs mois plus tôt qu’il n’ambitionnait pas de participer aux championnats ! Je pense que chaque chef d’équipe doit faire un bon management. »
Qu’est-ce que vous espériez en acceptant de devenir chef d’équipe de la Belgique ? Pensiez-vous y rester 10 ans ?
P.W. : « A cette époque, j’entrainais plus que je ne montais moi-même. Je n’ai pas posé ma candidature, on m’a demandé de le faire. J’en ai alors parlé à mon fils car nous avions le business ensemble à l’époque. Il m’a tout de suite dit que si j’avais envie de le faire, je devais le faire et que l’on ferait les choses un peu différemment ici. A cette époque, je ne montais plus en concours mais je montais encore un peu à la maison lorsque mon fils était en concours. J’ai demandé de combien de cavaliers je devrais m’occuper et sur combien de concours je devrais me rendre … mais au final, dès la première année, il y en a eu le double de ce qu’on m’avait dit ! J’ai eu une interview avec la fédération et la première chose que j’ai dit, c’est que pour moi, la chose la plus importante était que les cavaliers aient envie de travailler avec moi car si les cavaliers les plus importants n’ont pas envie de travailler avec moi, il n’y a même pas besoin de commencer ! Hans Horn et Jean-Maurice Bonneau ont également été interviewé pour ce poste à l’époque. J’ai dû expliquer quel était mon plan. A l’époque, nous étions en seconde division. Pour remonter en première division, il était important d’aller avec les tops cavaliers lors des concours de seconde division. Le but était d’abord de sortir de cette seconde division et l’année suivante, en première division, de peut-être nous qualifier pour la finale des coupes des nations et peut-être d’être bon aux championnats d’Europe. Finalement, les choses ont été plus vite que prévues. Nous sommes remontés en première division et avons bien fait au championnat d’Europe avant de devenir champion d’Europe deux ans plus tard. Nous sommes ensuite allés à la finale des coupes des nations … et nous l’avons gagné deux fois ! Tout a été plus vite que je ne le pensais … mais il ne faut pas oublier que beaucoup de cavaliers avaient de très très bons chevaux dont des étalons qui saillissaient et n’étaient du coup pas vendus très vite et d’autres avec des propriétaires qui ne voulaient pas vendre ! Nous avions aussi de top jeunes cavaliers prêt à éclore. Dans ce petit pays, il y a un nombre incroyable de très bons cavaliers et de très bons chevaux ! Je prends toujours l’exemple de Ludger Beerbaum qui est si bon … parce que lui aussi a de très bons chevaux ! C’est pareil chez nous avec Grégory Wathelet, Gilles Thomas ou Pieter Devos : ils sont toujours meilleurs avec leurs meilleurs chevaux !! »

Vous avez également réussi à impliquer un très grand nombre de cavalier dans votre système !
P.W. : « Je peux me souvenir que l’année avant que j’arrive, 10 ou 12 cavaliers avaient concouru en Coupe des Nations. La première année où j’étais là, 28 cavaliers ont pris part à des coupes des nations. Vous ne pouvez les voir que s’ils le font ! Ils ne peuvent prouver s’ils ont de bons nerfs que si vous les mettez en situation avec les deux tours de la coupe des nations et le Grand Prix ! C’est aussi pour cela, et toujours maintenant, que les couples de championnats doivent me montrer au moins une fois sur des CSIO qu’ils sont capables de sauter la coupe des nations et le Grand Prix en un week-end en délivrant des résultats très consistants. Dans des championnats, les tops équipes sont tellement proches les unes des autres que l’ensemble de l’équipe doit être bonne ! Ca ne sert à rien d’avoir une équipe avec un bon cavalier et les autres intermédiaires, alors on n’obtient rien ! La seconde année, je pense que j’ai utilisé encore plus de cavaliers. Tous ceux qui étaient intéressés pouvaient y aller ! Après deux ans, j’ai pu voir quels cavaliers étaient toujours avec de nouveaux chevaux capables de le faire et ceux qui n’ont pas été capable de le faire ! Ils ont eu leurs chances, mais ils ont ensuite reçu moins de chances. J’ai besoin des meilleurs ! Les bons, ceux qui ont de l’expérience et savent tenir la pression ! J’ai monté 40 coupes des nations pour l’Allemagne et ce sont toujours les mêmes cavaliers qui produisent les doubles sans-faute et les bons résultats ! Au début, je voulais vraiment partir d’une feuille blanche. Je savais évidemment que Grégory Wathelet était un très bon cavalier car d’ici, nous allions souvent à Welkenraedt et je l’ai vu là-bas à de nombreuses reprises alors qu’il n’évoluait pas encore au haut niveau … mais il était déjà bon ! »
La suite, c’est ici dès demain !








